dimanche 22 juillet 2007

Une pensée

Dans la vie, ce n'est pas ton aptitude mais ton attitude qui fait ton altitude.

Un problème de poids, c'est peut-être, au départ, un problème dans la façon de penser la nourriture.

C'est peut-être un hasard d'éducation, d'habitude et de façon d'être. Il y a bien sur la génétique, mais ce n'est pas tout. Pour la majorit des gens, je crois que c'est peu si on compare avec l'influence de l'environnement.

Le problème, ce n'est pas la nourriture mais la personne qui pense et qui agit suite à ses pensées.

Pour changer ces pensées biaisées, il faut tout d'abord les identifier. Pour changer ses comportements inadaptés, il faut savoir d'ou ils viennent. Et après, il faut dédramatiser tout ça.

Avant 6 ans, j'étais minuscule.

Ensuite, que s'est-il passé?

Quand j'étais petite, nous n'avions pas beaucoup d'argent. Les friandises étaient des trésors que j'entreposais dans une petite boîte que je gardais précieusement dans le garde manger pour plus tard, pour quand j'aurais envie de les savourer.
Ma mère avait une amie qui avait un petit garçon envieux de ma boite. Il reçevait autant de bonbons que moi mais les mangeait au fur et à mesure. La mère et le petit garçon sont venus habiter chez nous quelques temps. Ma mère a décidé de séparer mes bonbons avec le petit garçon, qui avait mon age. Ce n'était que des bonbons mais ils étaient à moi et ce n'était pas juste. Ça m'a marqué même si c'était futile. J'ai beaucoup pleuré, puis j'ai toujours tout mangé a mesure à l'avenir.

Il y avait aussi tous ces aliments interdits que ma mère achetait et mangeait avec culpabilité dans ses crises. Si on voulait en avoir, il fallait en manger vite. Elle ne cuisinait pas. Les bons aliments étaient rares.

A cet époque, mon père est revenu vivre avec nous. J'ai plusieurs souvenirs d'avoir mangé n'importe quoi devant le placard ou le frigo pour calmer le malaise, les soirs ou il me gardait, d'être avec cet homme que je détestais et qui nous en faisait voir de toutes les couleurs. Ça me permettait aussi de canaliser toutes ces émotions contre moi. J'étais la méchante qui mangeait.

Je suis devenue plus ronde. Mon père me disait que j'étais grosse, m'insultait régulièrement. Il préférait nettement mon frère. A l'école, j'étais effacée et je n'avais pas beaucoup d'amis. J'ai cru que tous mes problèmes étaient dus au fait que j'étais grosse et que c'étaient de ma faute. Je croyais que tout était de ma faute d'ailleurs. Je n'étais pas assez mignonne pour que mon père arrête de se droguer, pour que ma mère m'aime autant que mon frère, pour avoir des amis. Bref, j'étais trop imparfaite pour qu'on m'aime.

La nourriture me permettait d'arrêter un peu de ressentir. C'était une époque très dure. J'étais intelligente et impliquée à l'école alors je n'ai jamais eu d'aide. Je me rends compte aujourd'hui que c'était de la survie. Mais ça m'a appris plein de choses. J'ai eu assez d'air pur et de merveilleux grands parents pour m'accrocher à la beauté de la vie et je suis devenue une personne forte et déterminée. Tellement forte qu'a un certain point, rien ne m'atteignait.

J'ai eu la "chance" de me faire agresser par un étranger chez moi à 21 ans. J'ai eu droit de voir un psy pendant un an et de constater que je me mentais tous les jours sur mon enfance dont mes souvenirs était idylliques. Ça a été tellement difficile mais je me suis mise sans m'en rendre compte à me redonner le droit d'exister vraiment et de ressentir les choses. Aujourd'hui, j'arrive à pleurer quand je suis triste.

Pourtant, je traine cette relation malsaine à la bouffe et on en a jamais parlé en consultation. c'était plus facile pour moi de parler d'injustice et de ce qui va mal dans le monde que de décrire tous les sentiments qui m'habitent face à la bouffe et à mon corps. Je n'ai pas eu envie de parler de rejet. Je n'ai pas pu dire comment je sentais que personne ne m'aimait, comment je me sentais nulle. Je n'aurais pas pu supporté de ne pas être comprise. Mais parler de ces injustices que je voyais tous les jours à mon boulot avec les sans abris, c'était aussi un peu parler de moi et apprivoiser la colère et la compassion pour moi même.

Aujourd'hui, j'ai bien grandi. J'au 25 ans mais j'ai l'impression d'avoir vécu 3 vies. Je me sens heureuses, aimée et j'apprivoise tranquillement ce qui fait mal. J'ai envie de rectifier ces pensées et ces comportements qui ne font pas partie de la personne équilibrée que je sens à l'intérieur de moi. J'arrive à me voir mieux et j'y crois. J'ai tellement de chance.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Je viens de lire ton histoire et j'ai les larmes aux yeux...


Tes épreuves ont fait de toi une personne vraiment forte qui est en train de devenir vraiment saine...

Tu as la chance d'être assez intelligente et profonde pour analyser et comprendre d'où viennent tes difficultés...

tu connais le concept de résilience?

-xxx-