mardi 6 mai 2008

Ressentir

De retour en ville!

Ah, le ciel tourmenté de Cap Breton m'a éblouie. On a eu droit a de la pluie et à du grand soleil tous les jours, mais surtout a ces nuages colorés du soir qui semblent porter en eux la violence multicolore de toutes les possibilités pour le lendemain. Ça m'a permis d'user encore plus mon appareil photo, mais aussi d'être en phase avec comment je me suis sentie toute la semaine: connectée sur des tempêtes intérieures...

Avant mes vacances, je suis allée à la fin de semaine MuUla. J'ai rencontré là-bas des femmes extraordinaires qui depuis quelques temps déjà ont aussi décidé d'écouter leurs sensations de faim et de satiété plutôt que de faire un régime pour maigrir. On a donc passé la fin de semaine à ne pas parler de régimes et à se reconnecter sur nous-mêmes, ensemble, isolées du monde sauf pour ce qui est du match des Canadiens...

Je les ai toutes trouvées tellement belles, ces femmes avec qui j'étais, toutes différentes mais tellement vraies. Parmi elles, il y avait une personne que je connaissais déjà par ses écrits. En personne, elle est encore plus gentille que son blog le laisse deviner. C'est le genre de femme que j'aurais aimé avoir comme grande soeur. On se reverra toutes, je l'espère!

J'ai beau parler d'anti-régime depuis un moment déjà, j'ai trouvé cette fin de semaine extrêmement parlante et difficile. Rassurez vous, on ne nous a rien imposé de douloureux, de difficile ou de spirituellement étrange et original; les filles de MuUla font dans le terre à terre et heureusement. C'est probablement parce que c'est là que j'en suis rendue dans mon parcours que j'ai trouvé que cette fin de semaine me remuait autant en me faisant prendre conscience de moi même. Je n'ai jamais eu de difficulté à me comprendre, voire à m'analyser, mais me ressentir? ...

C'est comme mon psy. Je n'en parle pas souvent parce que je suis occupée à m'en remettre, mais... ouf c'est difficile. C'est aussi extrêmement libérateur, je ne suis pas masochiste, je le vois pour passer vraiment à autre chose, pas pour me torturer!

Est-il nécessaire de se faire autant ch... pour enfin avoir une relation saine avec la nourriture? Pour moi, oui, mais aussi parce que tout cette obsession de bouffe, d'image corporelle, de régimes n'est qu'un petit symptôme d'autre chose, même si j'étais bien la première à penser que mon surpoids n'était que le résultat A+B du fait que je mange trop de calories pour mes besoins et que je n'arrive pas à arrêter de le faire.

C'est infiniment plus complexe.

Premier constat: je ne me sens pas autant que je voudrais. C'est peut-être pour ça que je m'analyse aussi bien. La tête, elle, elle fonctionne toujours, mais il y a dans mon corps des tas d'émotions qui sont emprisonnées et que je n'ai pas exprimées.

Je ne vous parle pas d'un concept que j'aurais pu lire dans un livre de croissance personnelle, je vous parle d'un ressenti qui émerge, de sentiments, d'images, d'odeurs mêmes qui me reviennent alors que je n'avais même pas conscience que je les avaient en moi. Du coup, quand je me reconnecte profondément à l'intérieur de moi, c'est un coup de poing au visage que je reçois à chaque fois, en même temps qu'un sentiment de paix profondes qui naît avec la certitude d'être assez forte pour se libérer.

J'en parle parce que j'ai envie de dire qu'il n'y a pas de honte à avoir face à son histoire. J'en suis à un moment ou j'en ai marre de tous les silences que je me suis imposées (et je m'assume au point ou... je l'écris sur un blog anonyme, lol). Si on arrivait à dire de quoi on a souffert, on dirait aussi de quoi on est fortes. Et lorsqu'on dit se qui nous fait souffrir encore, on dit aussi qu'on ne l'acceptera plus. Il faut se libérer de la honte qui nous garde dans le silence alors qu'on est coupable de rien.

Moi, je ne me sens pas parce que je me suis volontairement coupée pendant longtemps. Et tant mieux. J'avais besoin de ne pas ressentir. Pourquoi aurais-je honte d'écrire que les mots violence, maltraitance, agressions sexuelles et négligence sont des concepts que je connais de l'intérieur et que j'ai affronté avec les moyens que j'avais?

J'étais toute petite, alors ma seule arme, c'était de me boucher les oreilles, de me rouler en boule et de rêver à n'importe quoi dans un coin de mur. J'en suis venue à être capable de ne plus pleurer. Ou plutôt à être incapable de verser des larmes, et ça a duré longtemps. Verser des larmes, c'était donner aux événements du pouvoir sur moi, et j'avais décidé qu'ils n'en auraient pas. J'ai mis tout ça dans une petite boîte de choses qui "n'existent pas" en moi et j'ai pratiquement oublié toute mon enfance. Puis un jour, un étranger m'a rappelé une violence que je connaissais et j'ai trouvé étrange de vivre cette expérience difficile sans rien ressentir. Je suis allée consulter un psy et pendant un an, je lui ai raconté que rien ne me faisait rien mais que mon bonheur commençait à battre de l'aile et que moi, je voulais vivre!!!

Pourquoi peut-on être fiers d'avoir grimpé l'Everest mais pas d'avoir surmonté des choses encore plus difficiles? Si on en parlait, on en finirait peut-être avec le sentiment d'être seules au monde et entourées de gens qui ne nous comprennent pas, ne nous connaissent pas. Tout ça, ça fait partie de la vie, ce n'est pas un drame, ça ne change pas qui je suis et comme toutes les expériences, on en tire des apprentissages, pas que des ecchymoses!

J'aurais envie que des gens qui ont réussi s'affichent pour montrer qu'on est pas toutes promises à des vies de victimes, qu'on est pas toutes tordues et mélancoliques, qu'on vit comme tout le monde! De la pitié aux gens qui préfèrent se boucher les yeux, à ceux qui nous érigent en saints, je n'arrive pas à me libérer d'une honte trop grande pour en parler aux gens parce qu'ils ne comprennent pas, et c'est pour ça que la honte devient un secret lourd et d'avoir un secret inavouable, on finit par avoir honte et se sentir responsable et sali par ce qu'on a que traversé sans en être responsables.

Quand ces blessures deviennent de simples blessures non chargées de honte, on devient capable d'en parler, même si ça ne commencerait que par en parler à son thérapeute. Je n'en suis même pas rendue là. J'ai encore besoin de vérifier s'il pourra comprendre que je ne suis pas une victime même si j'ai des choses qui font mal à explorer.

Je prends de grands détours mais ce n'est pas là ou je voulais en venir. Je crois que dès que l'on sépare le corps de la tête, même si c'est parce qu'on se trouve laide, on se coupe de ses sensations. La faim, parmi d'autre sensations, devient alors plus difficile à déceler.

Et si on faisait le ménage à l'intérieur et qu'on reconstruisait les ponts entre le corps et le coeur? Ne pourrait-on pas ressentir avec plus de clarté? La liberté que l'on gagne, on en connait toute la valeur.

J'essaie de m'écouter globalement. J'ai besoin d'être solidement centrée, je le sens. J'ai commencé à méditer à ma façon, parce que j'en ressens le besoin ces temps-ci. J'ai remplacé quelques séances de jogging par de la marche ou des étirements au sol, avec de la musique douce. J'ai besoin de sentir mon corps autrement que dans la violence de la course. C'est intéressant pour moi de constater que j'arrive à me ressentir sans aller dans les activités extrêmes, même si ce goût de l'adrénaline fera toujours partie de moi.

L'équilibre, c'est juste le rebalancement constant des forces, jamais pareil.

Assez écrit, j'ai une journée à commencer!

4 commentaires:

Sablogine a dit…

Parfois il es bon de se plonger dans son passé, le regarder et pleurer.. C'est aussi une façon pour le corps de permettre à la douleur, aux épreuves au passé de cicatriser et surtout de rester à sa place.. Mais ne plus être comme un boulet.
Nous ne sommes pas des prisonniers qui auraient des boulets au pied.
Non nous sommes riches du passé quoi qu'on aiet eu à passer, et surtout on vit au présent, et pour le futur.. Mais surtout le présent :)

Vertige a dit…

On a rien d'autre que le présent!

Sauf que là, je suis en retard, encore, hihi!

Je me sauve!

Bonne journée!

xx

La Souimi a dit…

Heureuse de te lire, Vertige. Surtout que maintenant, en te lisant, j'ai l'impression de te voir parler.
Si tu le veux bien, on se verra bientôt!
Ton billet est très beau. Quelle belle profondeur...
On va y arriver! Avec le temps...

Anonyme a dit…

Je veux bien :o)

Vertige
xx