samedi 12 janvier 2008

Zen

Au fil du temps, j'apprends que calme et détachement peuvent être le lit de la vie, qu'ils ne sont pas synonyme d'inertie mais tout au contraire, un dépassement continuel de soi.

A quoi bon soulever les montagnes quand il est si simple de passer par dessus? disait Boris Vian...

A trop se centrer sur un problème, sur la lutte, on oublie parfois la plus simple des solutions: passer outre, continuer et vivre simplement. Focusser sur un problème qu'on croit avoir ne le règle pas. Pleurer sur son sort non plus. Mais le renier n'est pas non plus une solution. Pour continuer, il faut accepter les faits, la douleur, les pertes, la peine... puis relever la tête sur tout ce qui n'est pas ça, sur tout ce qui est beau, sur tout ce qui continue.

mercredi 9 janvier 2008

Relativité

Depuis quelques jours, je me creuse la tête à me demander qu'est ce qui peut bien faire que je n'ai plus envie d'écouter mon corps.

Ce soir, ça va mieux et partant de ça, je peux me dire que ce qui a changé dans mon état d'esprit est probablement la cause de mes déboires.

Aujourd'hui, j'ai pris le temps de me mettre belle. Pas que j'en avais particulièrement envie, mais il le fallait. J'ai pris le reste de ma journée après mon rendez vous pour aller faire les fripes. J'ai trouvé pleins de trucs qui m'allaient pour des prix ridicules, heureusement parce que ce sont les seuls que mon budget peut tolérer.

Je me suis sentie belle. Je me suis mis dans un état d'esprit propice à l'amour de soi. C'est la base, le point de départ de tout comme c'est un but en soi. Lorsque je ne m'aime pas, il m'est impossible d'être connectée avec ce moi étranger que je méprise et il m'est impossible de vouloir me faire du bien. C'est ce qui a manqué ces derniers jours: le self love...

Étrangement, alors que j'étais perdue dans mes pensées, la tête dans un rayon de chandails, j'ai été surprise par une vieille dame qui cherchais elle aussi les aubaines. Elle tendait dans ma direction une blouse horrible en disant: "Regarde c'te belle blouse! Je l'achèterais bien, moi, mais elle est trop petite. Elle te ferais bien à toi, tu es mince." Je me suis donc retournée pour regarder à qui elle parlait: personne.

J'ai donc avalé ma gomme tout rond, surprise, et lui ai répondu sans vraiment regarder la blouse que ça n'était surement pas ma taille. Après tout, je ne suis pas mince, non? Les vieilles ont parfois de la difficulté avec leurs yeux.

Mais la blouse était bien à ma taille et j'ai du la mettre dans mon panier en remerciant de tout mon coeur pour faire plaisir a cette grand mère satisfaite de m'avoir trouvé un si joli morceau. Si cette blouse ne m'avait pas donné l'air d'un clown mortuaire, je l'aurais probablement achetée mais j'ai préféré errer dans le magasin jusqu'a ce que la dame parte pour enfin me débarrasser de son infame trouvaille.

La grosseur, la beauté et le reste, c'est relatif. Il y aura toujours des gens plus beaux et toujours des gens qui ne nous trouveront pas à leur goût et ce, même si nous étions toutes des Claudia Shieffer.

Les gens qui ont tout pour eux, ce sont ceux qui s'aiment, peu importe à quoi ils ressemblent. Si en prime on a quelqun qui nous aime et nous trouve belle, on a plus de chance que plein de superbes filles que je connais mais qui ne sont jamais assez parfaite au goût de leur chum.

J'ai toujours de la difficulté à le croire mais mon amoureux, il me trouve belle tout le temps. C'est du moins ce qu'il dit et je crois a ses exagérations. A l'entendre, il me trouve ravissante même quand je me réveille le matin avec la trace d'oreiller dans la face, les crottes au coin des yeux, les cheveux scrapés par un coiffeur débile, sales en prime et pleins de noeuds avec le teint d'un lendemain de nuit de gastro.

Je préfère encore être moi, imparfaite mais avec cette chance que d'être la plus belle des filles.

Sur ce, mon corps me réclame de la viande ce soir après ces jours de Pringles et de chocolat. Je retourne dans ma cuisine.

mardi 8 janvier 2008

Cécité

Cher exutoire,

Depuis la reprise des cours remplie de stress et de belles filles plus jeunes et belles que moi et ponctuée de cette rencontre inoubliable avec Ken, la barbie folle en moi s'est réveillée. Je dois t'avouer, petit jounal numérique, que je me suis laissée allée à avoir honte de moi même, que j'ai pris toutes les occasions qui se présentaient à moi pour me peser et que pour dissiper ce malaise diffus et persistant, j'ai mangé même au delà de la nausée jusqu'à en avoir de la difficulté à respirer. J'ai retrouvé pendant quelques instants l'obsédée et la maniaque du gras qui se cache toujours dans un racoins de ma tête. Si Ken m'a tellement bousculé, c'est qu'il porte au front la même obsession que j'ai au coeur, la même folie: s'entraîner au delà de soi, manger comme un saint pour se battre contre la mort et contre la vie, pour ne pas être ordinaire, pour exister.

Je voudrais pouvoir dire que je me sens belle malgré tout ce soir mais je ne peux pas. Il y a un trou dans mon identité. Je ne sais pas si je suis grosse ou pas, belle ou pas, comme si mes yeux n'arrivaient pas à me voir. Certains jours, je m'entends, mais je me vois rarement. Ce soir, je suis sourde et aveugle. Il faudrait inventer des sons et des images.
Autant aller dormir.

Le sport, c'est du sport

Les mots de Plastique Ken et le commentaire de Suzie m'ont fait réfléchir sur les bases de mon haïssage viscéral du sport.

Moi aussi, je suis plus habile a faire des acrobatie avec mon cerveau qu'en coordination de base de mes pieds. C'est comme ça, je ne peux rien y faire. Je serai toujours de celles qui trouveront involontairement les positions les plus artistiques et douloureuse en ski et qui manquent de grâce au tennis. Mais petite, j'aimais bouger et courrir même si les livres et leur belles images m'attiraient beaucoup. J'aimais jouer avec les autres. Comment ais-je donc pu devenir cette enfant qui aurait tout fait pour un billet du médecin me dispensant de ce que je perçevais comme une humiliation publique?

Quelle sont les valeur qu'on transmet aux enfants dans les cours d'éduc? Celles de se respecter, de se sentir bien dans son corps, de collaborer et de comprendre les autres? Je ne sais pas pour vous mais dans mon patelin, le prof d'éduc avec ses longs cheveux sales était bien davantage axé sur la victoire, sur le défoulement, sur la compétition, sur le dépassement de soi. Ce sont de belles valeur mais on ne les met pas de l'avant lorsqu'on enseignee les math pour que ceux qui ont moins de facilité ne se sentent pas à part. Pourtant lorsqu'il sagit de sport, combien de prof d'éduc laissent encore 2 élèves choisir un à un les membres de leur équipe jusqu'a ce qu'il ne reste à la fin que ceux qui seront bien visiblement étiquettés comme indésirables dans l'équipe?!?

Chez nous, les examens d'éduc se faisaient devant tout le monde. Je craignais bien davantage les regards que la note. Dans les sports d'équipe, après avoir souvent été choisis la dernière, je nuisais à mon équipe et on me le faisait clairement savoir. Si on avait pris le temps de m'expliquer et d'expliquer aux autres que j'étais et suis toujours incapable de voir en 3D, peut-être aurait-on compris que je n'attrappe pas toujours le ballon parce que c'est biologiquement plus difficile pour moi de savoir ou il est.

On devrait penser aux enfants moins doués lorsqu'on élabore le contenu des cours d'éducation physique. Même à l'âge adulte, on traîne avec nous l'idée, fausse, que le sport soit réservé à ceux qui y excellent. Pourtant, la forme physique est une qualité bien personelle et c'est face à soi qu'on devrait chercher à s'améliorer. Augmenter le nombre de cours d'éducation physique sans en changer le fond ne réglera pas le "problème d'obésité infantile". On ne donne pas a des enfants l'amour de bouger pour se sentir bien dans son corps en le blessant dans son égo en construction.

Parlant de sport, je pars en courrant rattrapper mon bus. Je suis encore en bonne position pour arriver en retard à mon cours...

lundi 7 janvier 2008

Ken and me

Le sport le plus difficile est sans aucun doute celui d'endurer ces petits sportifs grossophobes cons qui ne manquent pas partout ou on reproche aux gros de ne pas être.

J'en ai rencontré sur les pistes de ski de fond du parc de la Gaspésie: un collègue de mon O., champion d'escalade et fan de plein air, qu'on retrouvais par le plus mauvais des hasard au gîte du Mont Albert et qui, pour soulager mon muscle endolori de fille pas douée qui s'est plantée en pleine face dans une descente raide, suggérait qu'on laisse traîner de la bouffe pour me motiver à suivre plutôt que de me reposer. Si seulement j'avais eu le plein usage de mon pied, je lui aurait bien montré, moi, que j'ai de la vigueur pour ma grandeur!

J'en ai rencontré un autre ce soir. Un vrai et un total. Vous l'avez sans doute déjà vu à la télé. Il vient souvent donner son opinion de grand expert de la forme à des émissions bien connues, il entraîne nos grandes vedettes locales et écrit des livres d'exercices à temps perdu. Pour le plus grand malheur de mes oreilles, j'ai appris ce soir qu'il enseigne dans une université montréalaise et qu'il a moins de sens du pollitically correct lorsqu'il se trouve devant un public composé de 98% de mince. (Nous sommes une cinquantaine, devinez qui vient faire fléchir la statistique?)

Je l'appelerai Ken.

Ken, qui doit nous enseigner les bases de la science de l'activité physique, a plutôt passé ce soir ses 3 heures à épandre subtilement ses convictions anti-gras et son dégoût de ceux qui en portent trop à une classe d'obsédés de la chose en prenant tous les prétextes possibles.

Croyez vous qu'un prof qui fait une fixation sur l'horreur de cette épidémie d'embonpoint en parlant de "ces enfants qui vont coûter une fortune à la société parce qu'ils font tout pour tuer leur pancréas en restant étendus à manger du McDo en regardant la télé comme leurs parents obèses", qui souligne a un étudiant qu'il est "bien puisqu'il n'est pas gros" ou qui met dédaigneusement plusieurs photo peu respectueuses de personnes obèses dans ses notes de cours sans que le contexte l'exige mérite une plainte au comité de déontologie de l'université? Je me tâte...

Ken nous emmenera aussi nous faire pincer la graisse en groupe par une gang de futurs kinésiologues en mal de cobayes qui en profiteront pour mesurer tous nos paramètres physiques. J'me peux plus d'attendre ce moment, cette surprise.

J'exagère peut-être. J'ai probablement tord de me sentir visée par sa lutte anti-gras et pourtant, je suis revenue à la maison les larmes dans le coin de l'oeil comme si on m'avait personellement attaquée toute la soirée. Et de penser que je devrai lutter pendant 15 semaines pour me préserver de cette influence plastique satanique, je déprime.

Le stéréotype du gros paresseux qui mange devant la télé, je peux plus l'entendre. Et d'avoir devant les yeux un prof qui a des bobettes de plastique au lieu d'avoir de vraies couilles en affirmant que 95% des gens reprennent tout le poids perdu et plus encore sans se demander le rôle qu'il a a voir dans cet état de fait en tant que professionnel et en blâmant bêtement la volonté de ses clients, ça me rends triste autant que ça me fout en rogne.
Parce que perdre du poids, c'est facile, qu'il dit...

Si tu savais, Ken... Si j'en croyais le regard que tu jettes sur le corps de celles qui me ressemblent, j'aurais si honte que je deviendrais comme celles que tu juges parce qu'elles n'osent plus bouger dans leurs corps que tout le monde se permet de regarder parce qu'il pourrait coûter un jour au contribuable. (Et ça, c'est discutable)

Au final, je n'ai pas honte, homme de plastique. Je trouve seulement dommage que ton discours sente le sacrifice plus que la vie car je sais que rien ne change ni ne pousse dans ces conditions. Tu continuera à récolter ton 95% d'échecs et tes quelques déséquilibrés. Et si l'activité physique servait d'abord à se connecter sur soi, puis à être plus soi au lieu de chercher à devenir toujours plus comme les autres? Et si t'étais vraiment un grand entraîneur en osant autre chose que l'air sale du temps?

Je vais me coucher, Ken. Tu m'as trop tappé sur les nerfs et j'en perds mon créole.